Donner du sens à la finance : un Café économique sur les nouveaux modes de financement

la finance pour tous
Les Cafés Economiques de Bercy, en partenariat avec La finance pour tous, ont organisé le 7 juin un Café économique sur le thème du Grand prix 2016, « Donner du sens à la finance ». Tour d’horizon avec quatre experts de l’économie sociale et solidaire, du micro-crédit, de l’ISR et de l’économie collaborative.

La finance n’a pas « bonne presse » en France. Le terme est souvent connoté négativement et presque tabou, alors qu’on le retrouve dans toutes les dimensions de l’économie. Un paradoxe au regard du fort taux d’épargne des Français, souvent placé sur des supports très sécuritaires, parfois par manque de compréhension des mécanismes d’investissement.

Préambule de la remise de notre Grand prix 2016, ce café économique, organisé dans les murs des ministères économiques et financiers, a réuni près de cent personnes et notamment des lycéens et étudiants.

Existe-t-il une « bonne et une mauvaise finance »

La question se pose. Aujourd’hui en tout cas, de nouveaux axes de développement de la finance permettent de lui donner plus de sens. L’économie sociale et solidaire, qui a déjà plus de 20 ans, constitue l’un de ces leviers, tout comme le micro-crédit, ou encore l’investissement dit « ISR » (investissement socialement responsable). Plus récemment, le recours de plus en plus fréquent au crowdfunding et l’essor de l’économie collaborative participent aussi à ce mouvement général, avec des taux de progression d’activité très encourageants. Tour d’horizon de ces enjeux avec les interventions de quatre experts issus de mondes bien différents.

Catherine Barbaroux, Présidente de l’ADIE(Association pour le Droit à l’Investissement Economique)

Catherine Barbaroux L’ADIE a été créée en 1989 en Seine St Denis. Son objectif est d’aider les personnes exclues du marché du travail et du système bancaire à créer leur propre emploi. Dans un premier temps, l’ADIE s’adresse à des personnes en difficulté, des chômeurs, des allocataires de minima sociaux, porteurs d’un projet et leur propose (après évaluation) une aide au financement grâce au microcrédit. Après, il s’agit d’accompagner ces micro-entrepreneurs pour assurer la pérennité de leur activité.

Des messages forts ont été portés par la présidente de l’ADIE,Catherine Barbarouxqui, à travers son action, entend lutter contre les stéréotypes. Elle prouve à travers la réussite de l’ADIE qu’il est faux de croire que « l’entreprise, ce n’est pas pour tout le monde » ; que « diplôme = talents ; 0 diplôme = 0 talent » ; ou encore que micro-projets = projets miteux ».

En effet, depuis sa création en 1989, l’ADIE a accordé près de 132 000 micro-crédits, ce qui a permis la création de près de 100 000 entreprises. En 2015, plus de 18 000 personnes ont été financées par l’ADIE. De tous points de vue, cette activité est positive. Financièrement d’abord, puisque, contrairement aux idées reçues, le taux de défaut n’est pas très élevé, il n’est que de 3 %. Socialement ensuite. D’une part parce que devenir auto-entrepreneur c’est une façon de sortir de l’exclusion sociale et financière en retrouvant une vie active. Ensuite une étude a montré qu’1 € investi sur un projet par l’ADIE devient 2,38 € en 2 ans : l’individu qui crée son propre emploi ne coûte plus rien à la collectivité et dynamise son environnement en créant de l’activité.

Finalement utiliser le micro-crédit pour le financement de projets innovants c’est répondre aux besoins de la nouvelle économie, lutter contre la précarisation de la société et affirmer qu’on ne peut pas laisser tant de talents sur le bord de la route.

Jean-Marc Borello, Président du Groupe SOS 

Jean Marc Borello L’économie sociale et solidaire (ESS) c’est la volonté d’incarner une finance un peu différente ; de mettre l’économie au service de l’intérêt général.

Jean-Marc Borello ne manque pas de rappeler que l’économie sociale et solidaire représente en France 10 % du PIB et près de 12 % des emplois, en incluant certes les mutuelles des secteurs bancaire, assurantiel et de prévoyance. Il nous parle ensuite du Groupe SOS qu’il préside : 350 établissements présents dans 30 pays, employant 13 000 salariés et avec un chiffre d’affaires de 800 millions € par an ! Parce que oui, « les subventions publiques, c’est comme de l’eau, ça devient rare ! ». Alors le financement, le Groupe SOS va lui-même le chercher, ce qui lui donne une indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics.

Si le Groupe SOS s’intéresse à plusieurs aspects de la société, la jeunesse, l’emploi, les solidarités, les seniors, c’est sur le domaine de la santé que Jean-Marc Borello a choisi d’intervenir en particulier. En effet, Groupe SOS gère des hôpitaux de façon non lucrative dans lesquels sont offerts des soins de qualité sans distinction du revenu du patient. Vendre ce service de santé à un prix accessible à tous relève d’un choix sur la répartition de la richesse créée par Groupe SOS : la totalité de la richesse est reversée sous forme de salaires ou bien consacrée à l’investissement. Ne pas verser de dividendes permet d’offrir des prestations aux clients qui n’en auraient pas les moyens. Au fond, conclut-il,donner du sens à la finance revient souvent à réduire la finance à sa juste place ; l’argent est bon serviteur mais mauvais maître.

Grégoire Cousté, Délégué général du Forum pour l’investissement responsable (FIR)

Gregoire Couste Grégoire Cousté a tout d’abord défini l’investissement socialement responsable (ISR). Cette pratique désigne l’intégration de problématiques sociales et environnementales dans le choix d’investissements financiers. Cela reste de la finance de marché (750 Mds € d’encours) mais avec une plus grande sélectivité concernant la composition du portefeuille. Trois critères sont utilisés pour déterminer si les fonds peuvent bénéficier de la labellisation ISR : le critère environnemental, le critère social et le critère de gouvernance.

Pour bénéficier de ce label public porté par Bercy, le fonds doit lui-même mener une réflexion pour déterminer quels indicateurs utiliser pour chacun des trois critères.Pour le FIR, bien investir son argent c’est le placer dans des entreprises qui ont un business model durable. Une échelle d’impact a été établie cette année pour orienter les investisseurs vers des placements à forte sélectivité avec, à son sommet, l’ISR dit « de conviction » qui représente 7 % des encours. La COP 21 a aussi placé l’enjeu du climat au sommet de l’agenda. Ainsi en 2015 a été créé un nouveau label, le label Transition Energétique et Ecologique pour le Climat (TEEC) qui oblige les entreprises à déclarer la façon dont ils prennent en compte le critère environnemental pour pouvoir l’apposer sur leurs produits.Investir socialement responsable, c’est sélectionner les meilleures entreprises dans leur secteur d’activité, les « best in class », mais aussi encourager les pépites de demain en les valorisant auprès du public par l’apposition de labels, gages de durabilité.

Taoufik Vallipuram, responsable des partenariats chez OuiShare

Taoufik Vallipuram OuiShare est une association fondée en 2012 à Paris et c’est un acteur international de premier plan dans le domaine de l’économie collaborative. L’idée est que la société évolue continuellement et que les anciennes pratiques sont devenues impuissantes à répondre aux enjeux d’aujourd’hui. L’ouverture à l’autre, la confiance, le partage de valeurs sont des principes qui définissent, de façon non exhaustive, le terme d’économie collaborative. De manière plus concrète, OuiShare est une plateforme qui permet aux utilisateurs de partager des idées, des biens, des services ainsi que de se rencontrer.  Elle prône des valeurs telle que l’indépendance totale (« chaque bénévole est libre » nous dit Taoufik), l’action pour transformer la société, ou encore  la diversité des environnements et des personnes. L’échelle de l’action est la communauté, les échanges se font de manière horizontale, et l’idée est d’arriver à mener une véritable sur la façon dont on vit, crée, travaille.

Le crowdfunding, par exemple, est une sorte de finance collaborative qui permet la circulation de capitaux entre individus afin de financer des projets créatifs et sociaux. Au fond, OuiShare a pour but de briser les barrières, de décloisonner la société, de la désintermédiariser, la technologie devant permettre à tous de créer, apprendre, d’échanger.

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