Qu’est-ce que la classe moyenne ?

La notion de « classe moyenne », bien que couramment utilisée, ne fait pas l’objet d’une définition incontestée et officielle. Deux études récentes s’y essaient avec plus ou moins de succès. Zoom sur une notion centrale dans les discours et imprécise dans ses contours.

Dans une publication de 2009 intitulée « Les classes moyennes sous pression », le CREDOC reconnaissait  que chercher à définir la classe moyenne n’allait pas de soi, tant les points de vue sur la question divergent et les critères pour en délimiter les contours apparaissent multiples. 

Deux études récentes ont toutefois remis ce sujet à l’ordre du jour. Inspirée par la méthodologie développée par le centre de recherche indépendant américain « Pew Research Center » dans une publication de décembre 2015, celle conduite par France Stratégie, l’organisme de réflexion, d’expertise et de concertation placé auprès du Premier ministre en propose une analyse originale mais biaisée. Plus classique dans sa présentation, mais aussi plus solide dans sa méthodologie, celle de l’Observatoire des inégalités, organisme indépendant, permet certainement de définir de manière plus pertinente les seuils d’appartenance à cette classe moyenne en France.

Selon France Stratégie, la  classe moyenne représente en France 2/3 de la population contre 50 % aux Etats-Unis

Dans une note d’analyse intitulée « Classe moyenne : un Américain sur deux, deux Français sur trois », France Stratégie compare l’évolution globale de la classe moyenne et des classes inférieures et supérieures de revenus en France et aux Etats-Unis, ainsi que la probabilité d’appartenance à chacune de ces classes selon différents critères sociodémographiques comme l’âge, le niveau d’études, la situation familiale ou l’origine.

L’une des principales conclusions de cette étude est que la classe moyenne représente une part de la population beaucoup plus importante en France, où elle regroupe plus des deux tiers de la population adulte en 2012, qu’aux Etats-Unis où elle n’en comprend qu’une personne sur deux. En outre, l’étude constate que cet écart est ancien et que la classe moyenne aux Etats-Unis s’est plus fortement érodée sur la période 1971 – 2012 (avec une chute de 3,6 points) qu’en France (baisse de 1,5 point seulement).

Répartition de la population adulte selon la classe de revenus en 1996 et 2012

Une analyse biaisée par le choix de seuils de niveaux de vie inadaptés

Pour déterminer les critères d’appartenance à la classe moyenne, l’étude de France Stratégie se base sur ceux qu’a utilisés le Pew Research Center. Or, pour ce faire, ce dernier a adopté sa propre méthode sans véritablement la justifier explicitement.

Les auteurs de l’étude américaine considèrent ainsi que la classe moyenne aux Etats-Unis est composée des ménages dont le niveau de vie   Définition Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (uc). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d'un même ménage.
Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 uc au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans.(source INSEE)
 est compris entre les deux-tiers et le double du niveau de vie médian   Définition Revenu au-dessous duquel se situent 50 % des revenus
.

Ce faisant, pour les années 2011 et 2015, l’application de ces critères permet de présenter une répartition de l’ensemble de la population adulte américaine en termes de niveau de vie en phase avec ce que l’on attend a priori d’une répartition purement statistique, à savoir une classe moyenne représentant 50 % de la population totale, « encadrée » par une classe modeste ou pauvre et une classe riche atteignant respectivement environ 30 % et 20 % de cette même population. C’est d’ailleurs comme cela que l’étude du CREDOC de 2009 propose de déterminer la notion de classe moyenne.

Ainsi, pour les Etats-Unis, les critères retenus par l’étude du Pew Research Center pour délimiter les contours de la classe moyenne sont compatibles avec une répartition statistique pertinente et classique des niveaux de vie des ménages américains. C’est sans doute là que réside la justification de ces critères, même si les auteurs de l’étude ne le précisent pas, sachant que la première étude qu’ils ont mené sur le sujet date de 2012 et porte sur les données de 2011.

Répartition des adultes américains selon la classe du niveau de vie

Mais l’application pure et simple de ces mêmes critères, à savoir une classe moyenne comprenant les ménages dont le niveau de vie est compris entre les deux-tiers et le double du niveau de vie médian, n’est pas justifiée pour le cas de la France où la distribution des niveaux de vie est évidement différente de celle des Etats-Unis.

Les conclusions de l’étude de France Stratégie sont donc biaisées tout simplement parce que, par construction, la classe moyenne déterminée par le Pew Research Center représente 50 % des ménages américains. En outre, les critères retenus pour délimiter les seuils d’appartenance à la classe moyenne sont valables pour les Etats-Unis, mais pas pour la France.

Si l’objectif de l’étude était de dupliquer la méthode du Pew research Center, alors il aurait fallu partir d’une répartition purement statistique de la distribution des niveaux de vie en France en 2012. Les seuils de niveaux de vie auraient alors été différents de ceux qui ont été appliqués, mais ils auraient été nettement plus pertinents et ils auraient conduits à afficher une classe moyenne représentant 50 % de la population totale tout comme aux Etats-Unis.

Difficile de comparer les ménages français et américains en termes de niveau de vie.

Les données utilisées dans les études conduites par le Pew Research Center et France Stratégie ne portent pas exactement sur le même champ et les revenus pris en compte pour la détermination du niveau de vie des ménages ne sont pas totalement similaires, ce qui réduit la portée de la comparaison entre les niveaux de vie des ménages américains et français.

Concernant les données utilisées, le Pew Research Center se base sur les résultats d’une enquête menée auprès de 55 000 adultes américains, alors que France Stratégie prend en compte des informations de sources administratives plus fiables. Ainsi, plusieurs études ont démontré que les revenus déclarés par les répondants à l’enquête américaine étaient sous-évalués.

Par ailleurs, la structure des revenus perçus est différente en France et aux Etats-Unis. Les transferts sociaux sont par exemple fournis en nature dans ce dernier pays alors qu’ils sont monétaires en France.

En outre, la part des revenus financiers aux Etats-Unis est plus importante qu’en France, du fait que les Américains, et plus particulièrement les plus aisés, ont une plus grande propension à placer leur épargne sur les marchés financiers qui depuis 2009 ont connu une progression spectaculaire aux Etats-Unis.

Enfin, une véritable analyse des niveaux de vie comparés entre la France et les Etats-Unis devrait incorporer l’influence de la fiscalité. Or, en raison du fait que les données du Pew Research Center ne la prennent pas en compte, cet aspect ne figure pas non plus dans l’étude française.

Selon l’Observatoire des inégalités, la classe moyenne française est formée d’un noyau intermédiaire de 50 % de la population

L’Observatoires des inégalités a publié en janvier 2016 une étude intitulée « Qui est riche et qui est pauvre en France ? » dans laquelle sont présentées des données détaillées sur les revenus disponibles en France pour l’année 2013.

La méthodologie utilisée reprend celle proposée par le CREDOC pour déterminer les classes de niveau de vie, à savoir une classe moyenne formée par un noyau intermédiaire de 50 % de la population, située entre les catégories populaires (les 30 % les moins aisés) et riches (les 20 % les plus aisés).

Ainsi définie, la classe moyenne en France est constituée des personnes dont le revenu disponible en 2013 est compris entre 1 743 et 4 099 euros mensuels, soit un rapport de 1 à 2,35 entre les bornes inférieure et supérieure. Ces seuils permettent d’afficher une plus grande homogénéité des niveaux de vie au sein de cette classe moyenne que le rapport de 1 à 3 proposé par l’étude de France Stratégie.

Sur la base des niveaux de vie calculés par l’Insee pour cette même année 2013 -qui pondèrent le montant du revenu disponible par ménage par un coefficient tenant compte du nombre de personnes le composant- on obtient pour la classe moyenne telle que définie selon la méthodologie proposée par le CREDOC un rapport de 1 à 1,9 entre les bornes inférieure et supérieure de cette classe moyenne.

Définir cette dernière selon les critères retenus par le CREDOC permet donc de déterminer une catégorie de population bien plus homogène en termes de niveau de vie que celle retenue dans l’étude de France Stratégie.

Déciles de niveau de vie

L’étude de l’Observatoire des inégalités affine par ailleurs la présentation de la classe moyenne en en présentant les seuils de revenus disponibles   Définition Le revenu disponible d'un ménage est celui qui peut être utilisé pour la consommation ou l’épargne. Il comprend les revenus d'activité (salaires nets, honoraires, résultat courant avant impôt des entrepreneurs individuels), les revenus du patrimoine (dividendes, intérêts perçus, loyers reçus), les transferts en provenance d'autres ménages (pensions alimentaires) et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), dont on déduit les impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d'habitation et Contributions sociales (CSG et CRDS)).
Source Insee
 selon la composition du ménage.

Seuils du revenu disponible mensuel de la classe moyenne selon la composition du ménage

 

Seuil de pauvreté : 50 % du revenu médian 

Limite entre les catégories populaires (30 % inférieurs) et moyennes

Revenu médian (seuil de 50 %)

Limite entre les catégories moyennes et aisées (20 % supérieurs)

Seuil de richesse : double du revenu médian

Personnes seules

760

1 239

1 521

2 231

3 042

Familles monoparentales

998

1 613

1 995

2 893

3 990

Couples sans enfant

1 476

2 371

2 952

4 410

5 903

Couples avec un enfant

1 764

2 879

3 528

4 996

7 055

Couples avec deux enfants

1 930

3 189

3 859

5 556

7 718

Couples avec trois enfants ou plus

1 931

3 049

3 862

5 728

7 723

Ensemble

1 132

1 743

2 462

4 099

4 924

Après impôts et prestations sociales
Source : nsee - Données 2013 - Observatoire des inégalités

Créé le 29 février 2016 - Dernière mise à jour le 29 février 2016
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